Déclin sexuel, déclin civilisationnel : l’alerte des chiffres

mercredi 17 décembre 2025
Crédit photo : ArthurHidden / freepik.com
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La sexualité des Françaises et des Français connaît une mutation profonde. Les enquêtes menées depuis le début des années 2020 font apparaître une tendance nette : la fréquence des rapports sexuels diminue, en particulier chez les jeunes adultes, tandis que le rapport à l’intimité se fragmente et se redéfinit.

Ce phénomène, loin d’être anecdotique, interroge notre modèle social, culturel et démographique. Il pose une question centrale : assistons-nous à une simple transformation des mœurs ou au symptôme d’un affaissement plus large de notre civilisation ?


Sommaire


Des chiffres qui confirment une rupture générationnelle

Les données disponibles convergent. Une vaste enquête sur la sexualité en France conduite en 2022–2023 sous l’égide de l’Inserm, avec le concours d’autres organismes publics, révèle une baisse globale de la fréquence des rapports sexuels par rapport aux décennies précédentes. Cette enquête montre parallèlement une augmentation de la solitude sexuelle et une part croissante de jeunes déclarant ne pas avoir eu de rapport sexuel sur une période d’un an.


De son côté, l’Ifop souligne, dans plusieurs études comparatives, une chute marquée de l’activité sexuelle régulière. Alors qu’à la fin des années 2000 une majorité de Français déclaraient avoir des rapports sexuels hebdomadaires, cette proportion est aujourd’hui nettement plus faible. Chez les 18–25 ans, la baisse est encore plus brutale, au point que l’abstinence durable devient une situation courante et non plus marginale.


Les analyses publiées par Santé publique France confirment ces tendances et montrent que cette évolution ne se limite pas à un effet passager de la crise sanitaire, mais s’inscrit dans une dynamique plus longue, marquée par un recul de l’intimité relationnelle.


Une société de la décroissance et du renoncement

Cette baisse de l’activité sexuelle ne peut être dissociée du climat général dans lequel évoluent les jeunes générations. La précarité économique, l’accès difficile au logement, l’allongement des études et la peur du déclassement retardent l’entrée dans la vie adulte et fragilisent la construction de relations stables. À cela s’ajoute un discours dominant valorisant la sobriété, la retenue, voire le renoncement, qu’il s’agisse de consommation, de projets familiaux ou de projections à long terme.


Les préoccupations écologiques jouent également un rôle structurant. Une partie de la jeunesse exprime une angoisse face à l’avenir, à la surpopulation mondiale et au dérèglement climatique, allant jusqu’à remettre en question le désir d’enfant et, plus largement, l’idée même de transmission. Dans ce contexte, la sexualité n’apparaît plus comme un élan vital ou un moteur de construction, mais parfois comme un risque, une responsabilité ou un choix à différer indéfiniment.


Un rapport homme-femme de plus en plus conflictuel

À ces facteurs matériels et existentiels s’ajoute une transformation profonde du rapport entre les sexes. La montée d’un néo-féminisme radical, perçu par une partie de la population masculine comme accusatoire ou misandre, contribue à installer un climat de défiance. La peur de mal faire, d’être jugé, dénoncé ou assimilé à une figure de domination toxique peut dissuader certains hommes d’entrer dans des relations amoureuses ou sexuelles.


Du côté des femmes, la libération de la parole sur les violences et les abus a modifié les normes, parfois au prix d’une méfiance généralisée envers la relation hétérosexuelle. Si cette prise de conscience est légitime sur le fond, son durcissement idéologique peut transformer la rencontre en terrain miné, où le désir cède la place à l’angoisse et au soupçon. Le résultat est une raréfaction du lien, non par manque d’envie individuelle, mais par crainte du conflit et de la faute.


Sexualité en recul et conséquences démographiques

Cette évolution n’est pas sans effets sur la démographie. Le recul de l’activité sexuelle s’inscrit dans un contexte de baisse continue de la fécondité en France, analysée notamment par l’INED. Moins de rencontres, moins de couples durables et moins de projets familiaux conduisent mécaniquement à un affaiblissement du renouvellement des générations.


À long terme, cette dynamique pose la question du devenir du pays. Une société qui se reproduit moins et qui doute d’elle-même ouvre la voie à des transformations profondes de son peuplement, par le vieillissement accéléré et par une dépendance accrue à l’immigration pour maintenir son équilibre démographique et économique. Ces évolutions, souvent évacuées du débat public, sont pourtant centrales pour comprendre les tensions à venir.


Symptôme d'un déclin civilisationnel ?

Parler de déclin civilisationnel n’est plus une provocation, mais une interrogation légitime face aux tendances lourdes qui traversent la société moderne. Une civilisation qui se détourne du désir, de la relation entre les sexes et de la transmission révèle un affaiblissement profond de ses fondations culturelles et anthropologiques. Le climat idéologique actuel, largement imprégné de wokisme et de néo-féminisme radical, participe à cette déconstruction. En essentialisant les rapports hommes-femmes sous l’angle du soupçon permanent, de la domination systémique et de la culpabilité héritée, la société contemporaine installe un rapport conflictuel durable qui décourage la rencontre, fragilise le couple et délégitime la famille.


Ce cadre idéologique, loin de libérer, produit un effet paralysant. Il transforme la relation intime en espace de tension morale, juridique et symbolique, où le désir est suspect et la spontanéité perçue comme une transgression potentielle. Cette défiance généralisée s’ajoute à une société déjà marquée par l’individualisme, la précarité et la peur de l’avenir, accélérant ainsi le retrait sexuel et affectif des jeunes générations.


Dans ce contexte, la question du changement civilisationnel ne peut plus être évacuée comme une simple obsession politique. Les dynamiques démographiques s’inscrivent toujours dans la durée, et l’histoire montre que le nombre fait la différence dans la survie et la continuité d’un peuple. Une société qui ne se reproduit plus, qui renonce à sa propre transmission et qui délégitime son héritage culturel ouvre mécaniquement la voie à une recomposition de son peuplement. À ce titre, les tendances actuelles peuvent objectivement nourrir et, à terme, valider le concept de grand remplacement, non comme un slogan, mais comme une conséquence mathématique et démographique. Ignorer cette réalité, ou la disqualifier moralement sans l’analyser, revient à refuser de voir les effets concrets d’un modèle de société qui semble avoir perdu le goût de durer.


Sources citées : enquêtes nationales sur la sexualité pilotées par l’Inserm, études de l’Ifop sur l’évolution des pratiques sexuelles, publications de Santé publique France, analyses démographiques de l’INED, articles de fond parus dans Le Monde.