Derrière le voile, la main invisible du patriarcat

samedi 18 janvier 2025
Crédit photo : freepik.com
Crédit photo : freepik.com


Le voile, cet accessoire controversé, fait couler beaucoup d’encre en France et au-delà.

Présenté par certains comme un choix individuel ou un symbole religieux, il est également perçu par d'autres comme le reflet d’une oppression systémique.

Au cœur de ce débat se cache une réalité trop souvent écartée : le voile, dans sa symbolique et sa pratique, est un instrument du patriarcat qui perpétue la domination et l'inégalité entre les sexes.


Le voile comme outil de contrôle

Historiquement, le voile a été utilisé dans de nombreuses cultures comme un marqueur de contrôle sur le corps des femmes. Dans l'Antiquité, les femmes voilées étaient souvent celles qui appartenaient à des classes sociales élevées, un signe de distinction qui marquait leur « pureté » et leur indisponibilité aux regards masculins. Dans l'Empire ottoman ou sous d'autres régimes islamiques, le voile servait à délimiter les femmes « honorables » des autres, créant une stratification sociale basée sur leur conformité à des normes patriarcales.


Ces usages ne se limitent pas à l’histoire lointaine. Aujourd’hui encore, dans de nombreuses régions du monde, les femmes qui choisissent de ne pas se voiler peuvent être victimes de harcèlement, de violences, voire de sanctions légales. Cette coercition, qu'elle soit explicite ou implicite, souligne que le voile n'est pas qu'un choix individuel : il est également un outil d'oppression systémique.


Une culture de stéréotypes machistes

Le port du voile s'inscrit dans une culture où les femmes sont considérées comme responsables des pulsions masculines. Cette idéologie machiste, bien ancrée dans de nombreuses sociétés à majorité musulmane, justifie le voile comme une nécessité pour « protéger » les femmes des agressions ou des regards indécents. Pourtant, cette logique renforce l’idée que les hommes ne peuvent maîtriser leurs désirs et que c’est aux femmes de s’adapter.


Ces stéréotypes sont non seulement ancrés dans les cultures locales, mais ils sont aussi exportés dans les pays occidentaux à travers l’immigration et le multiculturalisme. En France, la recrudescence du port du voile dans l’espace public s’accompagne d’un discours de plus en plus normalisant, voire d’une banalisation de ces stéréotypes sexistes.


Une recrudescence en France : des raisons multiples

Plusieurs facteurs expliquent la hausse de la visibilité du voile en France ces dernières années. D'abord, la montée des communautarismes favorise une lecture identitaire de la religion, où le port du voile devient un acte de revendication politique autant que spirituelle. Ensuite, l’essor des réseaux sociaux amplifie les discours pro-voile, souvent portés par des influenceurs qui minimisent les enjeux de domination pour mettre en avant une vision romantisée ou individualiste de ce symbole.


Mais cette tendance révèle également un manque criant de solidarité féministe. Nombre de militantes, dans un souci de ne pas être perçues comme "islamophobes", adoptent une posture relativiste, défendant le voile comme un choix personnel et ignorant ses implications systémiques. Cette absence de critique collective affaiblit la lutte pour l’égalité et laisse le champ libre à une vision patriarcale du corps des femmes.


Une réflexion féministe absente

Il est temps que le féminisme adopte une position claire sur la question du voile. Cette lutte n’est pas une attaque contre une religion ou une culture, mais une défense universelle des droits des femmes. Le voile, dans sa symbolique actuelle, est un rappel constant que le corps des femmes reste un terrain de contrôle et de domination.


Plutôt que de banaliser ou de romantiser le port du voile, les féministes doivent réaffirmer que la liberté des femmes passe par la capacité à se dégager des injonctions patriarcales, qu'elles soient culturelles, religieuses ou sociétales. Car derrière le voile se cache, bien souvent, la main invisible du patriarcat.