Fumer interdit (presque) partout : vers une société sous surveillance

samedi 31 mai 2025
Crédit photo : Ai / freepik.com
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Le 29 mai 2025, Catherine Vautrin, ministre du Travail, des Solidarités et de la Santé, a annoncé une nouvelle série de mesures visant à étendre drastiquement l’interdiction de fumer dans l’espace public dès le 1er juillet.

Plages, parcs, abords d’écoles, forêts, mais aussi tout espace extérieur « partagé » seront désormais des zones sans tabac.

Une décision saluée par certains au nom de la santé publique… mais qui soulève aussi de sérieuses inquiétudes sur nos libertés individuelles.


Sommaire


Une société hygiéniste sous contrôle

Sous couvert de protéger la santé publique, ce type de législation marque une nouvelle avancée de l’État dans la régulation des comportements privés. On ne parle plus ici d’interdire de fumer dans un restaurant ou un lieu clos – ce qui est logique dans un espace partagé confiné – mais bien de bannir toute consommation de tabac en extérieur, même dans des lieux naturels ouverts comme les plages ou les forêts.


En d’autres termes, il ne s’agit plus seulement de protéger les non-fumeurs du tabagisme passif, mais d’imposer un modèle comportemental "idéal" à tous, fumeurs inclus, quel que soit le contexte. Cela s’inscrit dans une tendance plus large, celle d’une société hygiéniste où toute pratique jugée nocive ou "non vertueuse" est progressivement criminalisée, réglementée ou marginalisée.


Santé publique : un argument à sens unique ?

La santé publique est devenue l’argument-massue par excellence. Mais à force de l’invoquer pour justifier chaque restriction, on oublie que la liberté est aussi un pilier fondamental de notre société. Oui, fumer est nocif. Mais faut-il pour autant traquer les fumeurs jusque sur les plages, dans les squares ou en randonnée ? Doit-on infantiliser les citoyens sous prétexte qu’ils ne font pas les « bons choix » ?


Le message implicite est clair : le bon citoyen est celui qui ne fume pas, ne boit pas, fait du sport, mange bio, dort huit heures et ne dérange personne. On glisse insidieusement vers une morale d’État, une sorte de puritanisme sanitaire qui légitime l’exclusion de ceux qui ne s’y conforment pas.


Une liberté qui s’effrite

Cette nouvelle mesure n’est pas une simple réglementation : c’est un tournant symbolique. On commence par interdire la cigarette, mais demain ? L’alcool dans les parcs ? Le sucre dans la rue ? Le port de vêtements jugés "malsains" ? Le droit de se réunir sans surveillance ?


Car derrière la volonté affichée de « protéger », c’est le spectre d’une société de plus en plus normative et autoritaire qui se dessine, où chacun doit se comporter selon des standards imposés d’en haut, sous peine d’être réprimandé, verbalisé, stigmatisé.


Fumer reste un choix personnel

Qu’on le veuille ou non, fumer est un choix personnel, et parfois une béquille, un geste social, un plaisir, un exutoire. L’effacer de l’espace public, c’est aussi nier une part de la réalité humaine, complexe, imparfaite, contradictoire.


Éduquer, prévenir, accompagner : voilà des démarches intelligentes et respectueuses. Mais interdire massivement, c’est aller trop loin. Cela revient à effacer toute nuance, toute liberté, toute responsabilité individuelle. Ce n’est plus protéger, c’est domestiquer.


En conclusion

La décision de Catherine Vautrin, annoncée ce 29 mai, marque un pas de plus vers une société lisse, désinfectée, aseptisée, où tout écart est suspect. On peut être favorable à la réduction du tabagisme sans pour autant applaudir une politique de restriction permanente et rigide.


Une société libre accepte le risque, la différence, l’imperfection. Et cela inclut le droit – oui, le droit – de fumer une cigarette au bord de la mer.