
Les administrations et certaines communes justifient souvent ce choix par une volonté d’inclusion et de neutralité. Dans une société plurielle, l’argument avancé consiste à ne froisser aucune sensibilité religieuse ou culturelle. Noël, perçu avant tout comme une fête chrétienne, serait alors remplacé par une formule englobante, supposée rassembler au-delà des croyances.
Pourtant, cette prudence linguistique semble récente. Pendant des décennies, « Joyeux Noël » cohabitait sans difficulté avec la diversité religieuse et culturelle, sans provoquer de tensions notables. La question se pose alors : pourquoi ce qui ne posait aucun problème hier en poserait-il aujourd’hui ?
Réduire Noël à sa seule dimension religieuse apparaît comme une lecture partielle de la réalité. En France et dans une grande partie de l’Europe, Noël est aussi un marqueur culturel, historique et social. Il structure le calendrier, rythme la vie économique, familiale et scolaire, et s’inscrit profondément dans les traditions collectives, bien au-delà de la pratique religieuse.
En cherchant à neutraliser le mot lui-même, certaines institutions donnent le sentiment de nier cette dimension culturelle. Comme si l’évocation de Noël devenait embarrassante, voire honteuse, alors même qu’elle fait partie du patrimoine commun.
La laïcité est régulièrement mise en avant pour justifier cette neutralisation du langage. Or, la laïcité française n’a jamais eu pour vocation d’effacer les références culturelles issues de l’histoire chrétienne du pays. Elle garantit la neutralité de l’État vis-à-vis des cultes, non l’effacement des traditions populaires.
En ce sens, remplacer systématiquement « Joyeux Noël » par une formule aseptisée peut apparaître comme une interprétation excessive, voire idéologique, de la laïcité. Une laïcité qui, au lieu de permettre la coexistence sereine des différences, tendrait à lisser le langage jusqu’à le vider de ses racines.
Difficile d’ignorer la dimension partisane du débat. Le choix des mots n’est jamais neutre, surtout lorsqu’il est institutionnel. Pour certains élus ou administrations, abandonner « Joyeux Noël » relève d’un signal politique, adressé à une partie de l’électorat sensible aux notions de diversité et de déconstruction des traditions jugées majoritaires.
Ce positionnement peut toutefois produire l’effet inverse. En cherchant à ne froisser personne, on finit par donner le sentiment de renier une part de l’identité collective, au risque de nourrir incompréhension et crispations.
Au fond, cette évolution linguistique révèle un malaise plus profond. Celui d’une société qui doute de ses repères, hésite à assumer son histoire et confond parfois ouverture avec effacement. Noël n’a jamais empêché l’existence d’autres fêtes, d’autres cultures, d’autres croyances. Sa présence dans le vocabulaire public n’a jamais exclu qui que ce soit.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut imposer Noël, mais s’il est sain de le faire disparaître du langage officiel par peur de ce qu’il représente. Car à force de gommer les mots, c’est souvent le sens collectif qui s’efface avec eux.
Dire « Joyeux Noël » n’a rien d’un acte d’exclusion, encore moins d’une provocation. C’est l’affirmation tranquille d’un héritage culturel français et européen qui a structuré notre histoire, notre calendrier et nos traditions collectives.
Effacer le mot Noël du langage officiel sous prétexte de neutralité revient à céder à une logique de renoncement, où l’on préfère taire ce que nous sommes plutôt que d’assumer ce que nous avons été et ce que nous demeurons. Une société confiante n’a pas besoin d’édulcorer son vocabulaire pour accueillir la diversité. L’inclusion ne se construit pas par l’amnésie culturelle, mais par la reconnaissance claire et assumée de ses racines.
Refuser de dire Noël, ce n’est pas respecter l’autre ; c’est renier inutilement une part essentielle de notre identité commune.