L'Europe taxe la Chine, les Français paient l'addition

samedi 31 octobre 2026
Crédit photo : Polina Tankilevitch / pexels.com
Crédit photo : Polina Tankilevitch / pexels.com


La nouvelle taxe européenne sur les petits colis commence à produire ses premiers effets. Selon les chiffres communiqués par Bercy le 28 octobre 2026, les montants de TVA déclarés sur les petits colis importés en France ont chuté de 48 % entre juin et août.

Une baisse spectaculaire qui concerne notamment les plateformes chinoises Shein, Temu et AliExpress, directement visées par ces nouvelles mesures.


Sommaire


Une taxation qui frappe les petits achats

Depuis le 1er juillet 2026, l'Union européenne applique une taxe de 3 euros par catégorie de produits dans les colis importés d'une valeur inférieure ou égale à 150 euros.


À partir du 1er novembre, des frais de traitement supplémentaires de 2 euros viennent s'ajouter par catégorie de produits.


L'objectif affiché est de lutter contre la concurrence déloyale, les importations massives et l'arrivée de marchandises dangereuses ou contrefaites.


Les premiers chiffres semblent donner raison au gouvernement : en juillet, la fréquentation de Shein a baissé de 42 %, celle de Temu de 36 % et celle d'AliExpress de 10 %.


Le paradoxe de l'usine chinoise

Mais cette politique soulève une question fondamentale : l'Europe peut-elle réellement taxer les importations chinoises sans pénaliser ses propres consommateurs ?


Car la Chine et, plus largement, l'Asie restent l'usine du monde.


Derrière les rayons de nombreuses boutiques physiques françaises se cachent également des chaînes d'approvisionnement internationales.


Vêtements, accessoires, décoration, petit électroménager ou équipements électroniques : une multitude de commerces traditionnels s'approvisionnent eux aussi auprès de fabricants asiatiques.


Autrement dit, le consommateur ne commande pas nécessairement sur Temu ou AliExpress pour acheter un produit fabriqué en Chine. Il peut parfaitement retrouver ce même produit dans une boutique de centre-ville, parfois vendu plusieurs fois son prix d'importation.


La différence ? Le commerce physique ajoute ses frais de transport, de stockage, de personnel, de loyer et sa marge commerciale.


Taxer les importations ne fait donc pas disparaître la dépendance européenne à la production asiatique.


Le consommateur français, première victime collatérale ?

C'est là que réside le véritable paradoxe.


En cherchant à protéger les commerçants européens et à réguler les importations, les pouvoirs publics risquent aussi de renchérir indirectement le coût de nombreux produits de consommation.


Les importateurs professionnels peuvent répercuter leurs surcoûts sur leurs prix de vente. Les distributeurs peuvent également ajuster leurs tarifs pour préserver leurs marges.


Pour les ménages modestes, déjà confrontés à l'inflation et à la baisse du pouvoir d'achat, quelques euros supplémentaires sur des produits du quotidien ne sont pas anodins.


Le problème est d'autant plus sensible que les plateformes chinoises représentaient parfois une solution pour accéder à des produits bon marché, faute de pouvoir se les offrir dans les circuits traditionnels.


Réguler, oui, mais à quel prix ?

La concurrence doit être équitable. Les normes de sécurité, les obligations fiscales et les contrôles douaniers doivent s'appliquer à tous.


Mais faire augmenter le prix des produits importés sans proposer d'alternative européenne compétitive revient à faire supporter une partie de la facture aux consommateurs.


L'Europe doit-elle réellement pénaliser les petits achats avant d'avoir reconstruit une industrie capable de proposer des produits accessibles ?


Car derrière les grandes décisions économiques, il y a une réalité beaucoup plus concrète : celle des Français qui comptent chaque euro à la fin du mois.


Protéger le commerce européen est un objectif légitime. Mais protéger le pouvoir d'achat des consommateurs devrait l'être tout autant.