
On nous avait promis une monnaie forte, une Europe prospère, davantage de croissance et une économie florissante. Vingt-quatre ans après l’arrivée des pièces et billets en euros, le constat du quotidien est beaucoup moins glorieux : le pouvoir d’achat semble avoir été laminé par l’explosion des prix des dépenses courantes.
Un Coca acheté quelques euros aujourd'hui représente une dépense considérable par rapport à ce que coûtaient les consommations au début des années 2000.
Bien sûr, les patrons doivent payer leurs salariés, leurs loyers, leur énergie et leurs charges. Mais ces arguments ne peuvent pas expliquer à eux seuls une telle envolée des tarifs.
Le résultat est désormais visible : les consommateurs fréquentent moins les cafés et les bars parce qu'ils n'en ont tout simplement plus les moyens.
Une famille qui dépense 20 ou 30 € pour quelques consommations réfléchit désormais à deux fois avant de sortir. À force, la convivialité disparaît et les établissements de proximité perdent leur clientèle.
C'est là que l'injustice devient flagrante.
Les prix ont changé d'échelle, mais les salaires n'ont jamais suivi avec la même brutalité. Une hausse de quelques centimes sur une consommation paraît insignifiante. Accumulée pendant vingt ans sur l'ensemble des dépenses quotidiennes, elle représente pourtant une véritable ponction sur le budget des ménages.
Le Français ne s'est pas soudainement mis à moins aimer les cafés, les restaurants ou les terrasses. Il est devenu beaucoup plus coûteux de simplement profiter de la vie.
L'euro devait être le symbole d'une Europe plus forte, d'une économie dynamique et d'une prospérité appelée à durer.
La promesse d'une croissance toujours plus forte et d'une économie européenne florissante s'est transformée, pour beaucoup, en une impression exactement inverse : celle d'un appauvrissement progressif.
Le passage du franc à l'euro a surtout bouleversé les repères de prix. Ce qui coûtait quelques francs est devenu quelques euros, tandis que les revenus n'ont évidemment pas été multipliés par 6,55957.
C'est là que se trouve l'une des grandes désillusions de l'euro : les prix ont adopté une nouvelle échelle beaucoup plus rapidement que les revenus.
Aujourd'hui, prendre un verre en terrasse n'est plus forcément une petite dépense anodine. Pour certains Français, c'est devenu une dépense que l'on supprime du budget.
Et ce phénomène dépasse largement le simple Coca-Cola.
Quand travailler ne permet plus de s'offrir régulièrement les petits plaisirs autrefois considérés comme ordinaires, c'est bien le niveau de vie qui recule.
L'euro devait nous rendre plus riches. Pour beaucoup de Français, il est devenu le symbole d'une promesse de prospérité qui n'a jamais réellement atteint leur portefeuille.