
L’argument central est toujours le même : la protection. Face aux agressions, au harcèlement et au sentiment d’insécurité, la mixité serait devenue problématique. La réponse proposée n’est plus l’autorité, la prévention ou la sanction, mais l’évitement. On ne règle plus le problème, on le contourne.
Les piscines non mixtes sont révélatrices de cette logique. Un lieu public, financé par l’ensemble des citoyens, cesse d’être commun parce que la collectivité renonce à y faire respecter des règles universelles. Ce n’est plus la loi qui s’impose aux comportements, mais l’espace public qui se plie aux tensions. La séparation devient l’aveu d’un échec collectif, maquillé en solution pragmatique.
Cette tendance repose sur une idée profondément régressive : l’homme serait par nature dangereux, la femme structurellement vulnérable. Cette vision ne combat pas les violences, elle les naturalise. Elle transforme un problème de responsabilité individuelle en une fatalité biologique ou sociale.
Ce discours infantilise les femmes, réduites à un statut permanent de personnes à protéger, et criminalise les hommes, assimilés collectivement à une menace. Il détruit la possibilité d’une relation équilibrée et apaisée entre les sexes, fondée sur la responsabilité personnelle et non sur l’appartenance à un groupe.
Il faut le dire sans détour : la séparation stricte entre hommes et femmes est un pilier des sociétés pratiquant la charia. Là-bas, la non-mixité est présentée comme une protection morale, un ordre naturel, une condition de stabilité sociale. Espaces distincts, horaires différenciés, lieux interdits : la logique est ancienne, cohérente et profondément inégalitaire.
Que certains courants féministes occidentaux défendent aujourd’hui des dispositifs identiques, sous une rhétorique progressiste, révèle une convergence idéologique inquiétante. Les intentions affichées divergent, mais le résultat est le même : la mixité est perçue comme un danger, la séparation comme une solution, et l’isolement comme une forme de liberté.
Une société qui accepte la non-mixité institutionnalisée accepte l’idée que vivre ensemble est devenu impossible. Elle renonce à l’universalisme pour entrer dans une logique de segmentation permanente. Aujourd’hui, la séparation se fait selon le sexe. Demain, elle pourra se faire selon la religion, la culture ou la morale.
Le séparatisme ne s’arrête jamais de lui-même. Chaque concession crée un précédent, chaque exception devient une revendication, chaque renoncement affaiblit un peu plus le socle commun. En prétendant apaiser, on fracture. En voulant protéger, on divise.
La mixité n’est ni confortable ni naïve. Elle exige de la fermeté, de la pédagogie, de la sanction et du courage politique. Mais elle reste le fondement d’une société libre, adulte et égalitaire. L’abandonner progressivement, sous couvert de pragmatisme ou de protection, revient à accepter un recul civilisationnel majeur.
La véritable réponse aux violences n’est pas la séparation, mais l’affirmation claire des règles communes, la responsabilité individuelle et le refus de transformer la peur en principe d’organisation sociale. Renoncer à la mixité, même par petites touches, c’est admettre que l’échec est devenu la norme et que la division est désormais préférable au courage.