Une baisse de 40% des petits colis : faut-il vraiment applaudir ?

vendredi 28 août 2026
Crédit photo : ChatGPT
Crédit photo : ChatGPT


Depuis le 1er juillet, les petits colis importés dans l’Union européenne sont soumis à un droit de douane de 3 euros par type de produit.

Une mesure qui vise principalement les marchandises provenant de Chine et les grandes plateformes de commerce en ligne comme Shein, Temu ou AliExpress.


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Et les premiers chiffres sont spectaculaires : selon les douanes françaises, les importations de petits colis auraient diminué de 30 à 40 % depuis l’entrée en vigueur de la taxe.


De quoi réjouir les défenseurs du « made in Europe » et ceux qui souhaitent freiner l’explosion des importations chinoises. Pourtant, il serait beaucoup trop facile de présenter cette baisse comme une victoire économique.


Car une question essentielle reste sans réponse : où est passé cet argent ?


Une baisse des colis ne signifie pas que les Français achètent davantage en France

En 2025, près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés sur le marché européen, soit plus de 180 colis par seconde. La Chine représentait à elle seule 93 % de ces importations.


Face à de tels chiffres, il est évidemment légitime de vouloir réguler un système qui permet à des produits fabriqués à l'autre bout du monde d'arriver directement dans la boîte aux lettres des consommateurs européens à des prix extrêmement faibles.


Mais croire que taxer ces produits va automatiquement faire revenir les consommateurs dans les commerces français relève du raisonnement magique.


Un consommateur qui ne commande plus un produit à 5 ou 10 euros sur Internet ne dispose pas soudainement de 30 ou 40 euros supplémentaires pour acheter son équivalent dans un magasin français.


Il peut simplement décider de ne plus l'acheter.

Et c'est probablement l'un des effets les plus importants de cette nouvelle fiscalité : une partie de la consommation disparaît au lieu de se déplacer.


Le problème, ce n'est pas seulement la Chine : c'est le prix final

Il faut également avoir le courage de regarder l'ensemble de la chaîne.


Un produit fabriqué en Chine pour quelques euros peut parfois être vendu plusieurs dizaines d'euros une fois arrivé sur le marché européen. Entre le fabricant, l'importateur, le transporteur, la plateforme, le distributeur, les charges, la TVA, les frais commerciaux et les différentes marges, le prix final peut n'avoir absolument plus rien à voir avec le coût de fabrication initial.


Et c'est là que le consommateur se retrouve pris en étau.


On lui explique qu'il faut acheter européen pour soutenir nos entreprises. Très bien. Mais encore faut-il que le prix demandé reste compatible avec son budget.


On ne peut pas demander aux Français de consommer davantage localement tout en rendant chaque achat toujours plus cher.


Le problème n'est donc pas simplement de savoir comment empêcher un produit chinois à bas prix d'entrer en Europe. Il faut aussi se demander pourquoi son équivalent vendu en Europe devient parfois financièrement inaccessible.


Le grand empilement fiscal qui finit par étouffer le consommateur

Le problème dépasse largement cette taxe de trois euros.


Depuis des années, le consommateur assiste à un véritable empilement de taxes, de contributions, de frais et de prélèvements. Pris séparément, chacun peut sembler raisonnable. Mais additionnés, ils finissent par réduire considérablement le pouvoir d'achat.


Trois euros ici. Quelques euros là. Une hausse de TVA, une augmentation des frais de transport, une nouvelle contribution, une réglementation supplémentaire...


À force, ce sont les mêmes euros qui sont ponctionnés encore et encore.


Et lorsque le salaire ne progresse pas au même rythme que les dépenses contraintes, le résultat est mécanique : le Français réduit ses achats, reporte ses dépenses et renonce aux produits qu'il aurait auparavant pu s'offrir.


Ce n'est pas une victoire économique.


C'est une contraction du niveau de vie.


Défendre le commerce français, oui. Punir le consommateur, non.

Il serait absurde de nier les problèmes posés par l'explosion des importations chinoises : concurrence déloyale, normes différentes, conditions de production, impact environnemental et pression considérable exercée sur certains secteurs européens.


Mais la réponse ne peut pas systématiquement consister à faire payer davantage le consommateur.


Si l'objectif est de favoriser les entreprises françaises et européennes, il faut également travailler sur leurs coûts de production, leurs charges, leurs marges, leur compétitivité et leur capacité à proposer des prix acceptables.


Car demander au consommateur de payer plus cher au nom de la défense de l'économie européenne n'a de sens que si cette différence de prix correspond réellement à une meilleure rémunération du travail, à une meilleure qualité ou à une production qui bénéficie effectivement à l'économie locale.


Sinon, on ne fait que déplacer le problème.


Le pouvoir d'achat ne se défend pas avec des slogans

Le ministre de l'Économie Roland Lescure s'est félicité de la baisse des importations en estimant que cette évolution démontrait qu'il était possible d'agir face à la Chine.


Mais la vraie question devrait être : combien cette politique coûte-t-elle au consommateur européen et que gagne-t-il réellement en échange ?


Si un Français commande moins parce qu'il ne peut plus se permettre certains achats, ce n'est pas nécessairement une victoire.


Si le commerce français ne récupère pas cette consommation, ce n'est pas une victoire.


Si le consommateur réduit simplement son train de vie, ce n'est pas une victoire.


Et si, derrière une politique destinée à protéger notre économie, on ajoute encore une couche de fiscalité à un système déjà saturé de taxes, c'est finalement le pouvoir d'achat qui paie la facture.


Taxer toujours davantage n'est pas une politique économique

Il faut sortir de cette logique selon laquelle chaque problème appelle automatiquement une nouvelle taxe.


Le consommateur européen n'est pas une source de financement infinie.


On ne peut pas simultanément lui demander de consommer local, de soutenir les entreprises européennes, de privilégier les circuits courts, de respecter les normes environnementales, d'acheter des produits plus chers et, dans le même temps, lui retirer progressivement les moyens financiers de le faire.


La baisse de 30 à 40 % des importations de petits colis est donc un chiffre impressionnant. Mais avant de sabrer le champagne, il faudrait savoir si cette consommation s'est réellement déplacée vers les entreprises européennes ou si elle s'est simplement évaporée.


Parce qu'un Français qui achète moins n'est pas forcément un Français qui achète mieux. C'est parfois simplement un Français qui n'a plus les moyens d'acheter.


Et derrière les milliards de colis qui disparaissent des statistiques douanières, il y a surtout une réalité beaucoup moins glorieuse : celle d'un pouvoir d'achat qui se réduit et d'un consommateur auquel on demande toujours plus, tout en lui laissant toujours moins.