
Cette taxe de 2 € veut s’attaquer au problème des importations massives de produits asiatiques à bas prix. Pourtant, il suffit d’observer les rayons de n’importe quelle enseigne française pour constater une évidence : le “Made in China” est omniprésent, y compris dans les marques dites nationales.
Des vêtements aux appareils électroniques, en passant par l’électroménager, une large majorité de nos produits de consommation courante proviennent déjà de Chine ou d’autres pays à bas coûts.
Ce n’est pas un hasard : depuis plus de trente ans, les gouvernements successifs ont accompagné — voire encouragé — la désindustrialisation du pays au nom de la compétitivité et de la mondialisation économique.
On a fermé les usines, délocalisé la production et vanté les vertus du libre-échange. Aujourd’hui, alors que le tissu industriel français est exsangue, on taxe les consommateurs pour leurs achats extérieurs, comme si le problème venait d’eux.
Prenons le secteur du textile.
La France, jadis grande nation de la mode et du savoir-faire, ne produit plus qu’une infime partie de ses vêtements. Les coûts de main-d’œuvre, les normes et la perte de compétences industrielles rendent toute relocalisation à grande échelle presque impossible à court terme.
Résultat : les vêtements “made in France” sont rares, souvent de niche, et inaccessibles pour une grande partie de la population.
Face à la montée des difficultés financières, beaucoup de foyers se tournent vers les plateformes étrangères pour s’habiller à moindre coût.
Taxer ces achats, c’est en réalité pénaliser les plus modestes, ceux pour qui dépenser 10 € de plus sur un jean ou une paire de chaussures est déjà un frein.
Plutôt que de s’attaquer aux causes profondes — la perte de souveraineté industrielle, l’absence d’investissement dans les filières locales, la dépendance aux importations — cette mesure agit comme un pansement sur une plaie ouverte.
On fait payer le client final, au lieu de repenser le modèle économique qui a mené à cette situation.
Car comment justifier une taxe “anti-importation” dans un pays où les grandes marques françaises elles-mêmes sous-traitent massivement en Asie ?
Les dirigeants politiques semblent vouloir corriger, à coups de symboles, les effets d’un système qu’ils ont eux-mêmes bâti.
Oui, réindustrialiser la France, produire localement et réduire les importations est une nécessité à long terme.
Mais cela suppose une stratégie cohérente : soutenir les filières locales, former les travailleurs, investir dans les infrastructures, et permettre au consommateur de choisir autre chose que le made in China.
En attendant, une taxe de 2 € sur les petits colis ne changera rien à la structure du commerce mondial.
Elle servira peut-être à remplir un peu les caisses de l’État, mais elle ne rendra pas le textile français plus compétitif, ni les produits locaux plus accessibles.
Sous couvert de “justice économique”, cette mesure ressemble davantage à un geste politique sans vision.
Le problème n’est pas que les Français achètent des produits étrangers : c’est qu’ils n’ont plus réellement le choix.
Avant de punir le consommateur, encore faudrait-il lui offrir une alternative viable, locale et abordable.