
Sous couvert de protection des ressources marines, Bruxelles impose une obligation absurde, inscrite à l’article 55 du règlement (UE) 2023/2842, selon lequel les pêcheurs amateurs doivent être enregistrés et déclarer leurs prises via un système électronique pour certaines espèces marines.
Comme si le retraité sur une digue ou le père de famille sur un zodiac participaient à un pillage industriel des océans. Pendant que les flottes étrangères raclent les fonds marins à coups de chaluts géants, l’Union européenne préfère surveiller celui qui remonte deux bars par an pour les partager avec ses proches.
La logique est implacable, presque admirable dans son cynisme : incapable de s’attaquer efficacement aux véritables responsables de la surpêche, l’UE choisit la solution la plus simple, la plus docile et la moins risquée politiquement. Le citoyen ordinaire.
Derrière l’argument écologique se cache une réalité beaucoup plus inquiétante : la normalisation du contrôle numérique. L’entrée en vigueur de ces mesures était prévue pour le 10 janvier 2026, date à partir de laquelle la déclaration quotidienne des prises de certaines espèces sensibles (bar, thon rouge, lieu jaune, dorade rose, etc.) devait devenir obligatoire via l’application électronique RecFishing développée par la Commission européenne.
Mais voilà : le premier problème de cette mesure n’est pas l’environnement, mais l’informatique. L’application censée permettre tout cela n’est toujours pas opérationnelle à ce jour, et l’obligation a été officiellement reportée à une date ultérieure, faute d’outil fonctionnel. Quelle ironie : on impose une obligation numérique… avant même d’avoir l’outil numérique pour la satisfaire.
Pêcher sans smartphone demain, ce sera presque pêcher hors-la-loi. Ce qui relevait hier du loisir devient un acte administratif dès qu’il implique une espèce « sensible ».
Il y a dans cette réforme un parfum bien connu : celui de l’écologie punitive à sens unique. Les pêcheurs amateurs n’ont ni lobby puissant ni armada d’avocats. Ils sont donc une cible idéale. Faciles à culpabiliser, faciles à contraindre, faciles à sanctionner. Pendant ce temps, les accords commerciaux continuent d’ouvrir les ports européens à des produits issus de pratiques bien moins vertueuses, sans la moindre traçabilité imposée au consommateur.
On demande au citoyen européen d’être exemplaire, pendant que l’UE ferme les yeux sur les incohérences qu’elle a elle-même créées. Une morale environnementale à géométrie variable.
Ce texte illustre une dérive plus large : une Europe qui ne protège plus, ne rassemble plus, mais qui réglemente jusqu’à l’absurde. Une Europe qui parle de liberté mais multiplie les formulaires. Une Europe qui prétend rapprocher les peuples tout en éloignant les citoyens de leur bon sens.
À force de transformer chaque geste simple en acte suspect, l’Union européenne finit par nourrir ce qu’elle prétend combattre : la défiance, le rejet, l’exaspération. Et lorsque même pêcher devient un acte administratif, ce n’est plus la mer qui est surexploitée, c’est la patience des peuples.