Vous l’avez sans doute remarqué en conduisant de nuit : les phares des voitures modernes semblent beaucoup plus éblouissants qu’avant. Au point parfois de détourner le regard, de ralentir, voire de se sentir en danger. Cette sensation est largement partagée par les automobilistes, cyclistes et piétons.
Mais s’agit-il d’une simple impression… ou d’un vrai changement technologique et réglementaire ?
Sommaire
Une révolution technologique… pas sans effets secondaires
Du halogène aux LED : un saut brutal
Pendant des décennies, les voitures étaient équipées de phares halogènes, à la lumière jaune et relativement douce.
Aujourd’hui, ils ont été remplacés par :
- Xénon
- LED
- LED matriciels
- Laser (sur certains modèles haut de gamme)
Ces technologies offrent :
- une lumière plus blanche, proche de celle du jour
- une meilleure portée
- une consommation énergétique réduite
Mais cette lumière blanche, plus riche en bleu, est perçue par l’œil humain comme plus agressive, surtout la nuit.
Pourquoi la lumière blanche éblouit-elle davantage ?
Le rôle de notre vision nocturne
La nuit, nos yeux utilisent davantage les bâtonnets, des cellules très sensibles à la lumière mais peu performantes face aux contrastes violents.
Or :
- la lumière blanche intense crée un choc lumineux
- l’œil met plus de temps à se réadapter après l’éblouissement
- la fatigue visuelle augmente rapidement
Résultat : même si le phare respecte les normes, la sensation d’éblouissement est bien réelle.
Des voitures plus hautes… et des phares mal orientés
Un autre facteur clé explique cette gêne croissante.
SUV et véhicules surélevés
Les SUV, crossovers et utilitaires sont aujourd’hui omniprésents.
Leurs phares sont :
- placés plus haut
- souvent mal réglés
- parfois éblouissants pour les véhicules plus bas
Même un léger défaut d’orientation peut transformer un phare légal en véritable projecteur dans les yeux de l’autre conducteur.
Le mythe des phares « trop puissants »
Contrairement à une idée reçue :
❌ les phares modernes ne sont pas plus puissants que la loi ne l’autorise
✅ ils respectent des normes strictes européennes
Ce que dit la réglementation
En Europe :
- l’intensité lumineuse maximale est limitée
- l’orientation des phares est contrôlée au contrôle technique
- les feux LED et xénon doivent être accompagnés :
- d’un correcteur automatique d’assiette
- d’un système de lavage des phares
Le problème n’est donc pas tant la puissance que la combinaison lumière blanche + hauteur + mauvais réglage + routes dégradées.
Les feux automatiques : une fausse bonne idée ?
Beaucoup de véhicules récents sont équipés de feux automatiques ou de pleins phares intelligents.
En théorie :
- ils détectent les autres usagers
- adaptent le faisceau
- évitent l’éblouissement
En pratique :
- la détection peut être tardive
- les cyclistes ou piétons sont parfois mal reconnus
- sur route sinueuse, le système réagit trop lentement
Résultat : éblouissement bref mais intense, particulièrement dangereux.
Peut-on réduire l’éblouissement ?
Ce que chacun peut faire
- ✔️ Faire régler ses phares régulièrement
- ✔️ Nettoyer les optiques (saleté = diffusion anarchique)
- ✔️ Éviter les ampoules « ultra-blanches » non homologuées
- ✔️ Vérifier la hauteur de chargement du véhicule
Et côté conducteurs éblouis ?
- regarder légèrement sur le bas-côté, pas directement la source
- réduire la vitesse
- garder son pare-brise parfaitement propre (intérieur compris)
Vers une meilleure cohabitation nocturne ?
Les constructeurs travaillent sur :
- des LED matriciels plus précis
- des systèmes adaptatifs plus rapides
- une réduction du halo lumineux
Mais la réalité est là : le confort visuel de certains se fait parfois au détriment des autres.
En conclusion
Si les phares modernes éclairent mieux la route, ils n’éclairent pas toujours mieux le vivre-ensemble.
L’éblouissement nocturne est le résultat d’un cocktail : technologie, design automobile, comportements et limites humaines.
La solution ne viendra pas uniquement de la technique, mais aussi d’une prise de conscience collective.