
L'objectif affiché de cette obligation d'identification est de lutter contre le cyberharcèlement, les faux comptes ou encore les comportements illégaux en ligne. Une ambition légitime sur le papier.
Mais derrière cette mesure se cache une inquiétude majeure : plus les plateformes et les services accumulent des données personnelles sensibles, plus elles deviennent des cibles privilégiées pour les pirates informatiques.
Nom, prénom, date de naissance, documents d'identité, habitudes numériques… Chaque nouvelle base de données représente une mine d'informations pour les cybercriminels.
La France semble vouloir imposer davantage de traçabilité aux citoyens avant même d'avoir réglé ses propres failles.
Hôpitaux, collectivités, entreprises, administrations : ces dernières années, les cyberattaques et les vols de données se sont multipliés. Des millions de Français ont déjà vu leurs informations personnelles circuler sur internet sans leur consentement.
Le problème n'est donc pas uniquement l'anonymat sur les réseaux sociaux, mais aussi la fragilité d'un écosystème numérique qui collecte toujours plus de données.
L'identification obligatoire pourrait également transformer progressivement notre rapport à internet.
Aujourd'hui, on demande une identité pour certaines démarches sensibles. Demain, faudra-t-il présenter son identité pour publier un commentaire, participer à un débat ou simplement exprimer une opinion en ligne ?
La frontière entre protection et contrôle devient alors particulièrement fine.
Protéger les citoyens contre les abus numériques ne doit pas devenir un prétexte pour créer une immense base de données des utilisateurs du web.
Avant d'imposer de nouvelles contraintes aux internautes, la France devrait peut-être commencer par renforcer sérieusement la protection de ses infrastructures numériques, améliorer la cybersécurité des organismes publics et responsabiliser davantage les entreprises qui stockent nos informations.
Car une question demeure : à quoi sert de connaître l'identité de millions d'utilisateurs si leurs données peuvent ensuite être volées par des pirates ?
La confiance numérique ne se décrète pas par une obligation administrative. Elle se construit par la sécurité, la transparence et le respect de la vie privée.
Avant de chercher à identifier chaque citoyen derrière un écran, il serait peut-être temps de réparer la passoire numérique française.